Plantage de décor

D’abord, le lieu. Göttingen. C’est une ville allemande, située quasi en plein centre de l’Allemagne. (Imaginez l’Allemagne comme une cible, imaginez-vous avec une fléchette dans la main, plissez un œil, visez le centre : c’est Göttingen.) Il y pousse des vélos et des étudiants (une population de 30 000 individus à ce jour, selon l’organisme de recensement Ph.l.pp). Le symbole de la ville est une fontaine surmontée d’une statue, située sur la place de l’ancien hôtel de ville, très centrale. La statue représente une jeune fille en robe, portant un panier garni de fleurs et d’oies, prénommée la Gänseliesel. Régulièrement, des fleurs fraîches viennent s’ajouter aux fleurs sculptées, en raison d’une chouette, rigolote, et dangereuse, tradition locale. Il est d’usage, quand on a obtenu sa thèse, de monter embrasser la statue. Et comme les étudiants sont nombreux à venir s’ébaubir à Göttingen, nombreuses aussi sont les tentatives de respecter l’usage.

Si j’ai bien compris ce que racontaient deux jeunes filles qui s’étaient campées, en costume, micro et haut-parleurs, devant la fameuse fontaine la dernière fois que j’y suis passée, une petite marche en pierre a été rajoutée à l’intérieur du bassin pour limiter l’écartement de jambes nécessaire à l’escalade, et par là même la dangerosité des chutes. Mais il n’est paraît-il pas rare que le ou la récente thésarde finisse à l’eau. Je n’en ai hélas jamais été témoin ; c’est donc un de mes objectifs pour cette année !

(rappel des objectifs : devenir bilingue, manger des Trüffelringe, écrire, observer les écureuils. Et donc, être témoin d’une chute de thésard-e dans la Gänseliesel)

On rétrécit la focale sur le lieu : l’appartement ! Il est encore à aménager et nous voici donc dans le dilemme relou (pléonasme?) suivant : devons-nous tout aménager le plus vite possible afin de passer si possible le plus de temps possible dans un appartement le plus parfait possible, ou devons-nous au contraire profiter de cette année de pause pour éviter les contraintes, quitte à laisser traîner certaines idées d’amélioration de ce lieu, que de toutes façons nous allons bientôt quitter ?

Autour de l’appartement, il y a une terrasse, pas mal d’herbe, quelques arbustes, pas mal d’arbres, dont un graaand noisetier très souvent visité par des écureuils qui s’y affairent de la façon la plus attendrissante possible. Quelques mignonnes mésanges se posent itou régulièrement sur les branchages qui effleurent la fenêtre au moment oU je tape ces lignes (c’est faux mais ça arrive souvent quand même alors bon croyez-moi) Voilà, il y a aussi des merles, des gendarmes, des chats en vadrouille et des chiens en laisse mais tout ça c’est moins foufou pour les Parisiens que nous sommes ; les voici donc impitoyablement squizzés.

Au-dessus de l’appartement, il y a plein d’autres appartements. (Enfin, attention, plein : il doit y avoir cinq ou six boîtes aux lettres) Dans ce fatras de voisins nous en connaissons deux, et j’en ai identifié trois : numéro uno : une jeune fille aux longs cheveux noirs et à la peau grumeleuse, que j’ai croisée deux ou trois fois autour des vélos et qui est restée chaque fois les yeux baissés malgré mon grand sourire. Approche adaptée encore à trouver. Numéro deuxio, un jeune homme moins jeune que la jeune fille mais pas vieux, toujours tout droit et tout marron. Alors lui il ne baisse pas les yeux devant mon absence de sourire mais il ne se montre pas plus ouvert. Approche adaptée pas à chercher a priori. Numéro troizio, un monsieur d’une cinquantaine d’année, à l’air sportif, souriant et bricoleur, propriétaire d’une grosse voiture électrique blanche, qui nous salue gentiment avant de rentrer chez lui. Voilà pour les trois repérés.

Les deux connues sont deux voisines ; d’abord Frau Spies (prononcer « Fra-o Chpi-ce »), dame âgée à la retraite passionnée par la gestion des poubelles et le nombre de vélos garés sous l’abri commun, qui adore offrir du chocolat à Mathias, lequel l’adore en retour.

Et Shanai, (prononcer « Chanaille ») notre adorable voisine du dernier étage, qui est ici pour ses études, lesquelles sont hyper complexes mais ne l’empêchent pas d’adorer jouer avec Mathias ; et qui pourra donc, croisez les doigts, nous offrir une ou deux soirées en amoureux par-ci par-là !

Voili voilou. Pour correctement planter le décor il faudrait aussi parler de l’époque mais vous la connaissez elle est pourrie, et de l’action oui ben oui oui ça arrive allez, la prochaine fois.

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