Cette semaine je ne vous raconte rien parce que je passe du temps à préparer ma visite à Francfort ; je vais à la Foire du Livre ce jeudi, et j’en suis toute joiiiiie
(il faut que je fasse quelque chose pour enlever ces écureuils qui reviennent tout le temps là, ils sont mignon mais trop c’est trop. J’ai cru que je choisissais une photo pour l’accueil et en fait c’est la ponctuation de fin d’article.) Là par exemple j’ai fini car je vais retourner essayer de comprendre le programme de cette immense foire et donc les revoilà, les écureuils :
Je n’ai aucun lien avec Mel Gibson.
Enfin, bon, si, quand même, on a trois lettres en commun, et même une quatrième si on compte le -i du nom de famille. A part ça, j’ai regardé cinq ou six fois Braveheart quand j’étais ado, fascinée par la brutalité et la légitimité de cette quête noble d’émancipation. Aujourd’hui encore quand on me dit « Mel Gibson », j’entends un accent écossais, je vois de la peinture bleue et des tripes à l’air. Je pense n’avoir jamais regardé aucun autre film de ou avec lui, ne bougez pas je vérifie (enfin bougez quand même, je suppute que la filmographie est un tantinet longue, je reviens, je vous laisse avec lui en costume et bordé de fraises)
Ha si ! Chicken Run. Mais ça ne compte pas vraiment puisque j’ai vu (de nombreuses fois là aussi) la version française et qu’il a fait une voix en anglais évidemment. (celle de Rocky si vous voulez tout savoir)
Bon, il n’est pas allemand et n’a pas de lien avec l’Allemagne, ni avec Göttingen à part que son nom commence pareil. Voilà. C’est peu.
Certains ont des lapins qu’ils affublent de noms de star mais je n’ai pas de lapin. Décidément non, je n’ai rien d’intéressant à vous dire sur Mel Gibson.
Ce dimanche, à Göttingen et aux alentours, c’était jour d’élections ! Depuis qu’on est arrivés les affiches fleurissent dans la ville et chaque samedi de marché la place autour de la Ganseliesel se pare de stands à messages politiques… J’ai pu admirer au passage l’inventivité des Omas Gegen Recht (=les grands-mères contre l’extrême-droite), un groupe de femmes âgées qui mène à travers toute l’Allemagne un travail salutaire de pédagogie militante, toujours dans la bonne humeur. Deux d’entre elles déambulaient dans de grands costumes de T-Rex en brandissant des pancartes « nous avons déjà disparu… Faites en sorte que la démocratie ne subisse pas le même sort ! » Le reste du gang tenait un stand autour duquel on pouvait voir une banderole qui représentait un joueur de flûte de Hamelin, entraînant une foule de rats derrière lui, et portant un habit siglé « AfD » (pour rappel l’AfD est une sorte de RN qui ne se serait pas dédiabolisé)
Vous l’aurez compris : pas de stand AfD sur la place centrale de Göttingen ! Le parti d’extrême-droite est présent aux élections, et engrange de plus en plus de voix, mais il paraît que la fois où quelques-un-es de leur représentant-es ont tenté d’installer un stand à côté des autres, les réactions des citoyennes et des passants ont été vives ; tellement vives qu’ils y ont renoncé (pour jouer désormais à fond la carte de la victimisation, on est ostracisés c’est un scandale bouh bouh) Certains disent aussi que leurs militants ne sont pas capables de tenir une discussion politique sérieuse, mais ce sont probablement de mauvaises langues.
Autre stand remarquable, celui d’un parti qui n’a pas trop d’équivalent en France, dénommé Die Partei (=le Parti). Leur proposition est principalement d’apporter de la satire et de l’humour dans un système jugé absurde ; leurs slogans sont par exemple : « Pour un ciel toujours bleu ! » ou « Chaque vote pour nous sera un vote pour nous » ou encore « la corruption à moitié prix ! » On peut les situer plutôt à gauche toute, même s’ils restent surtout axés sur l’absurde ; autres exemples d’affiches : « tuons les Nazis » ou, une de mes préférées : « ici il y avait une affiche de l’Afd ».
Au départ lancé comme une blague, ils ont quand même fini par avoir une petite existence politique (deux députés au parlement européen!) et un élu par-ci par-là à travers toute l’Allemagne. A Göttingen ils ont un siège, et sur leur stand ils offraient des autocollants, dont plein m’ont bien fait rire ; en voici une petite sélection :
« la fraude dans les transports doit rester accessible à tous »« pour l’interdiction de tous les groupes armés ! »« des planètes il y en a plein, notre économie est unique »« allez tous vous faire enculer »
Entre les Omas Gegen Rechts et Die Partei, on trouve la CDU (les gens de droite en costume ; je ferme mon visage et je passe sans m’arrêter), le SPD (les gens de gauche de gouvernement, qui s’allient parfois avec la CDU ; je prends un tract en souriant gentiment mais sans m’arrêter non plus), et les Grünen = les écolos ! Eux sont joyeux, dynamiques, nombreux, ils distribuent des tournesols et Philipp va discuter avec eux, et de fil en aiguille nous voilà invités à la soirée où ils prévoient de se regrouper pour attendre les résultats du premier tour. On y va donc ; on y rencontre des parents de la Kita, on boit du jus d’orange et de la bière sans alcool à l’œil… Le plus jeune d’entre nous décide assez vite d’explorer les lieux et nous entraîne dans une grande salle dont le sol est constellé de boîtes emplies de flyers, chacune recouverte d’une carte représentant un quartier de Göttingen. Un petit groupe de gens sont en train de tenter de classer les boîtes, ça a l’air complexe. On comprend quand même assez vite qu’il s’agit des préparatifs pour la suite de la campagne. Et en effet, Onyeka Oshionwu, la candidate, est qualifiée pour le second tour et vient nous faire un discours, elle remercie plein de gens, tout le monde applaudit. C’est un peu marrant d’être là pour assister à tout ça, même pas un mois après être arrivés ! Est-ce qu’on est en train de faire la fête avec la future maire de la ville ? Emportés par l’ambiance, on propose de prendre la caisse de flyers destinés à notre quartier, et nous voilà embauchés avec force remerciements. On va donc passer la semaine suivante à distribuer les petits tracts dans les boîtes aux lettres autour, en suivant (très approximativement de mon côté, j’ai encore bien des progrès à faire en allemand!) les échanges sur le groupe Signal créé spécialement pour l’occasion.
Et ce dimanche 27 septembre 2026, en grande partie voire uniquement grâce à notre action, Onyeka Oshionwu est devenue maire de Göttingen ! L’écologie au pouvoir ! Et voilà comment à peine installés ici on modifie déjà le visage de la ville. Attention à vos fesses quand on va rentrer.
D’abord, le lieu. Göttingen. C’est une ville allemande, située quasi en plein centre de l’Allemagne. (Imaginez l’Allemagne comme une cible, imaginez-vous avec une fléchette dans la main, plissez un œil, visez le centre : c’est Göttingen.) Il y pousse des vélos et des étudiants (une population de 30 000 individus à ce jour, selon l’organisme de recensement Ph.l.pp). Le symbole de la ville est une fontaine surmontée d’une statue, située sur la place de l’ancien hôtel de ville, très centrale. La statue représente une jeune fille en robe, portant un panier garni de fleurs et d’oies, prénommée la Gänseliesel. Régulièrement, des fleurs fraîches viennent s’ajouter aux fleurs sculptées, en raison d’une chouette, rigolote, et dangereuse, tradition locale. Il est d’usage, quand on a obtenu sa thèse, de monter embrasser la statue. Et comme les étudiants sont nombreux à venir s’ébaubir à Göttingen, nombreuses aussi sont les tentatives de respecter l’usage.
Si j’ai bien compris ce que racontaient deux jeunes filles qui s’étaient campées, en costume, micro et haut-parleurs, devant la fameuse fontaine la dernière fois que j’y suis passée, une petite marche en pierre a été rajoutée à l’intérieur du bassin pour limiter l’écartement de jambes nécessaire à l’escalade, et par là même la dangerosité des chutes. Mais il n’est paraît-il pas rare que le ou la récente thésarde finisse à l’eau. Je n’en ai hélas jamais été témoin ; c’est donc un de mes objectifs pour cette année !
(rappel des objectifs : devenir bilingue, manger des Trüffelringe, écrire, observer les écureuils. Et donc, être témoin d’une chute de thésard-e dans la Gänseliesel)
On rétrécit la focale sur le lieu : l’appartement ! Il est encore à aménager et nous voici donc dans le dilemme relou (pléonasme?) suivant : devons-nous tout aménager le plus vite possible afin de passer si possible le plus de temps possible dans un appartement le plus parfait possible, ou devons-nous au contraire profiter de cette année de pause pour éviter les contraintes, quitte à laisser traîner certaines idées d’amélioration de ce lieu, que de toutes façons nous allons bientôt quitter ?
Autour de l’appartement, il y a une terrasse, pas mal d’herbe, quelques arbustes, pas mal d’arbres, dont un graaand noisetier très souvent visité par des écureuils qui s’y affairent de la façon la plus attendrissante possible. Quelques mignonnes mésanges se posent itou régulièrement sur les branchages qui effleurent la fenêtre au moment oU je tape ces lignes (c’est faux mais ça arrive souvent quand même alors bon croyez-moi) Voilà, il y a aussi des merles, des gendarmes, des chats en vadrouille et des chiens en laisse mais tout ça c’est moins foufou pour les Parisiens que nous sommes ; les voici donc impitoyablement squizzés.
Au-dessus de l’appartement, il y a plein d’autres appartements. (Enfin, attention, plein : il doit y avoir cinq ou six boîtes aux lettres) Dans ce fatras de voisins nous en connaissons deux, et j’en ai identifié trois : numéro uno : une jeune fille aux longs cheveux noirs et à la peau grumeleuse, que j’ai croisée deux ou trois fois autour des vélos et qui est restée chaque fois les yeux baissés malgré mon grand sourire. Approche adaptée encore à trouver. Numéro deuxio, un jeune homme moins jeune que la jeune fille mais pas vieux, toujours tout droit et tout marron. Alors lui il ne baisse pas les yeux devant mon absence de sourire mais il ne se montre pas plus ouvert. Approche adaptée pas à chercher a priori. Numéro troizio, un monsieur d’une cinquantaine d’année, à l’air sportif, souriant et bricoleur, propriétaire d’une grosse voiture électrique blanche, qui nous salue gentiment avant de rentrer chez lui. Voilà pour les trois repérés.
Les deux connues sont deux voisines ; d’abord Frau Spies (prononcer « Fra-o Chpi-ce »), dame âgée à la retraite passionnée par la gestion des poubelles et le nombre de vélos garés sous l’abri commun, qui adore offrir du chocolat à Mathias, lequel l’adore en retour.
Et Shanai, (prononcer « Chanaille ») notre adorable voisine du dernier étage, qui est ici pour ses études, lesquelles sont hyper complexes mais ne l’empêchent pas d’adorer jouer avec Mathias ; et qui pourra donc, croisez les doigts, nous offrir une ou deux soirées en amoureux par-ci par-là !
Voili voilou. Pour correctement planter le décor il faudrait aussi parler de l’époque mais vous la connaissez elle est pourrie, et de l’action oui ben oui oui ça arrive allez, la prochaine fois.
Allez, c’est parti : après plus de dix jours sur place, sans avoir fini de déballer toutes les valises, après avoir regardé quinze vidéos de type « comment commencer à écrire » « les 12 trucs qui permettent d’écrire » « les trois erreurs à éviter à tout prix quand on veut écrire », et surtout, après avoir reçu une carte postale particulièrement particulière, je commence.
Bien sûr que j’ai envie de vous raconter tout ce qui nous arrive ici, et aussi, plus égoïstement, d’en garder une trace. Ceci étant posé, comment savoir quel serait le ton le plus juste ? Difficile de trancher ; sans vraiment rien cacher, je ne raconte pas toujours les choses de la même façon quand je discute avec mes amies, ou avec mes collègues, ni quand je raconte mes journées à ma mère ! Enfin, allez, hop, je commence, allez ! (Faut-il faire attention au style, faut-il choisir mes mots, faut-il que ce soit beau ?)
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Gare de l’Est, le 20 août, 14h15 : un enfant joyeux et deux adultes exténués, montent dans un train direction GÖTTINGEN, après un sprint d’un mois totalement fou, chargés d’au moins deux cents kilos de valise et de plusieurs tonnes de reconnaissance pour toute l’aide, inestimable, irremplaçable, qu’ils ont reçue ces derniers jours.
Helweg, mon irremplaçable Chef, est venue avec sa famille pour nous claquer une dernière bise et nous offrir un au-revoir digne d’Hollywood, avec course le long du train. Il y a Aude aussi, grâce à qui nous avons pu transporter nos affaires de Montreuil à Gare de l’Est en passant par le métro ; ç’aurait été impossible sans elle, son dos, ses bras (trois -énormes- valises, trois bagages à main, trois sacs à dos, cinq ou six sacs en toile -et une poussette)
J’aimerais pouvoir vous dire que notre voyage s’est déroulé sans aucun encombre mais … Kein problem mit unser « barda »*, non non, mais un peu de retard, dû à un gugusse trop proche des voies, et qui ne veut pas s’éloigner, et le retard s’allonge, et le gugusse ne se laisse pas attraper, et le retard s’allonge encore… L’arrivée prévue en cours de soirée devient finalement fort tardive ! Mais de toutes façons, heure tardive ou pas, on n’est plus capables de ne faire qu’une seule chose : trouver le matelas, s’allonger dessus, et en avant les ronflements ! Nuit calme, nuit tranquille ? Oh non ! Pas pour moi en tous cas ; pleine de surexcitation, je me suis réveillée à peine trois heures après m’être endormie, pour envoyer douze mille messages, et pour filmer tout l’appartement que nous allons investir cette année, auquel il va falloir dire au-revoir en août prochain… Quelle aventure quand même. Rien qu’un petit problème : je suis -provisoirement j’espère !- allergique à toute forme d’aménagement. Seuls le REPOS, la DETENTE, les VACANCES m’attirent. Tout de même, ça serait mérité ! Une bonne semaine ou deux de relaxitude totale, avant de repartir dans la vie normale… Voilà cependant que toutes les obligations mises de côté pendant ce mois de folie, dédié à la préparation de notre déménagement du bas Montreuil / aménagement du nouvel appartement refait à neuf et donc tout vide / départ de Montreuil vers l’Allemagne, se rappellent à nous avec force et conviction (je vous laisse repartir chercher le sujet de ce verbe). Wallah on est donc bien obligés -c’est le problème des obligations, elles nous obligent- de leur consacrer du temps et de l’énergie. Xylophonant d’une tâche à une autre, on a jonglé entre l’installation de la chambre de Mathias, son adaptation à la Kita**, les traductions de Philipp, un cours à préparer de mon côté, et notre immense besoin de sommeil (toujours bien présent à l’heure où je tape ces lignes à 3h30 du matin, peut-on trouver en soi le moyen de devenir raisonnable à 40 ans si on a passé 39 ans à ne pas l’être?)
Y a-t-il parmi vous des gens qui ont trouvé la contrainte que j’ai respectée pour écrire ce tout premier texte ? ZOÉ c’est certain, mérite le Paradis ! ❤ ❤ ❤
* = « pas de problème avec notre barda »
* = Kindergarten = jardin d’enfants, le mot jardin est féminin en allemand. Sur ce qui s’y déroule, plus de détails plus tard !
2 réponses à « Contrainte numéro 1. »
Fred
Y a-t-il des gens qui n’ont pas trouvé la contrainte de style poil aux sourcils ? ça serait étonnant poil aux dents.
Mince mince mince j’ai donné la réponse une semaine après l’avoir mis en ligne, en modifiant le titre et en mettant en gras les premières lettres de chaque phrase… Et je t’ai donné l’adresse du blog après avoir fait ça. Mais tant que ça n’était pas si clair hé bien non, personne n’a trouvé !
Bienvenue sur un blog encore expérimental ! L’idée est de raconter des anecdotes, partager des observations, et s’essayer un peu au grand jeu de l’Ecriture (oui oui), à l’occasion de cette année en Allemagne, à Göttingen. Je m’appelle toujours Mélanie, je suis toujours libraire (mais plus en poste momentanément !), et même si je suis vraiment très heureuse d’être ici, vous me manquez sacrément tous ; alors n’hésitez pas à commenter !!
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